Aux États-Unis, Google et Meta condamnés pour leurs algorithmes addictifs

Pour la première fois, les algorithmes de YouTube et Instagram, conçus pour capter et retenir l’attention des plus jeunes, sont mis en cause.

Le 25 mars dernier, après six semaines d’audience et neuf jours de délibération, les jurés d’un tribunal civil de Los Angeles ont estimé qu’Instagram et YouTube portaient une responsabilité directe dans les troubles de santé mentale développés à l’adolescence par une jeune Californienne de 20 ans.

Condamnées à verser 6 millions de dollars de dommages et intérêts à la plaignante, les deux entreprises ont annoncé faire appel. Pour Meta, la santé mentale des adolescents est une réalité « profondément complexe qui ne peut être attribuée à une seule application ».

Google a, pour sa part, estimé que cette condamnation méconnaît YouTube, qu’elle décrit comme une plateforme de vidéos construite de manière responsable.

Ce verdict s’inscrit dans une intense saga judiciaire pour ces géants du web. La veille, le 24 mars, un jury du Nouveau-Mexique avait déjà condamné Meta à verser 375 millions de dollars de dommages et intérêts à des personnes mineurs. Les juges ont considéré que l’entreprise les avait induits en erreur quant à la sécurité de ses réseaux sociaux et les avait activement exposés au risque d’exploitation sexuelle.

Une stratégie juridique inédite

Jusqu’à présent, les réseaux sociaux s’abritaient derrière leur statut d’hébergeur. La section 230 du Communications Decency Act de 1996 leur garantit une protection juridique quasi totale concernant les contenus publiés par leurs utilisateurs.

Les avocats de la plaignante de Los Angeles ont choisi de contourner cette législation en modifiant radicalement leur stratégie.

Au lieu d’attaquer les contenus de YouTube et Instagram, les avocats ont mis en cause la conception même des plateformes, arguant que le préjudice découlait non pas de publications de tiers, mais des choix d’ingénierie algorithmique des entreprises elles-mêmes.

Les parties civiles se sont, notamment, appuyées sur des documents internes, dont une étude commandée par Instagram elle-même. Ces derniers soulignaient les risques d’addiction chez les enfants ayant vécu des événements traumatisants ainsi que la faible efficacité des dispositifs de contrôle parental.

Un large front judiciaire

Ces deux affaires sont les premières d’un ensemble de plus de 1 500 dossiers du même type à être porté devant les tribunaux. Sur le plan législatif, le 18 mars, la commission sénatoriale du commerce a tenu une audition où des experts ont débattu d’une réforme de la section 230, avec notamment l’introduction d’une obligation de diligence raisonnable pour les plateformes

En France, une enquête visant TikTok a été ouverte en novembre 2025, et le ministère de l’Éducation nationale a transmis un signalement au parquet de Paris le 26 mars 2026.

À lire aussi : Quels réseaux sociaux la loi interdit-elle aux moins de 15 ans ?

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